13 Block, les princes de la Trap française [FOCUS]

13 Block, les princes de la Trap française [FOCUS]

13 Block. Un nom. Quatre personnages. Zed, Desté, Zefor, OldPee. Oeuvrant ensemble, soudés, synchronisés. Comme les cinq doigts de la main. Fréquentant les mêmes écoles, les mêmes halls, les mêmes blocs, en plein coeur des Chalands, à Sevran, ils se sont découverts un talent commun : cracher le feu sur des productions vraisemblablement inflammables. En 2014 sort leur premier EP Xiii, mais l’atterrissage sur la terre du Rap français s’opère deux ans plus tard. Le quatuor lâche, coup sur coup, les projets Violence Urbaine Émeute et Ultrap. Ils marquent ainsi de leur empreinte l’année 2016 et démontrent qu’il faudra dorénavant compter sur eux. Au sein de la riche scène sevranaise, mais pas seulement. Ambitieux, et sûr de ses qualités, 13 Block a déjà la tête orientée vers son prochain objectif : s’exporter. Peu importe les frontières. Peu importe l’adversité. 

Le groupe à quatre visages assure alors un avenir prometteur à Sevrak. Offrant une nouvelle dimension au Rap français, mais plus que tout, à la Trap. Les gars de la Ville ont enfoncé une porte musicale mal exploitée jusque-là. « S’en battent les couilles du Rap », eux, se revendiquent trappeurs. Ni plus, ni moins. Les montagnes enneigées remplacées par les tours grisâtres, les arcs et les flèches par les flingues automatiques, le commerce de peau par le trafic de drogues. Évidemment, ceci n’est qu’image. Toutefois, 13 Block a trimé en studio – jusqu’à trouver la formule magique – au milieu d’un environnement sans pitié. Réussir ou sombrer. Tel était le choix confronté aux artistes estampillés « S.EV.R.A.N ». LeBalooShow est allé à leur rencontre. Quelques heures avant un show pour la soirée Good Dirty Sound du week-end. Quelques heures avant un effort court mais intense. Quelques heures avant que le 13 Blo Gang ne prenne entière possession de la scène GDS.

Pouvez-vous revenir sur votre jeunesse à Sevran ?

OldPee : On se connaît depuis toujours en réalité.

Zefor : L’école primaire, si tu veux un ordre d’idée.

OldPee : Tout ce qu’on a pu faire, on l’a fait ensemble. Parfois Zed il était en groupe avec Desté. Parfois Zed et Desté était avec Zefor. Parfois moi avec Desté. Mais on a toujours rappé ensemble. C’est la familiale, depuis un moment.

Zefor : On a fait des bêtises ensemble. On a été dans les mêmes écoles, les mêmes collèges…

Zed : On a fréquenté les mêmes maitresses, les mêmes profs !

OldPee : Exactement.

Zefor : Et ouais, notre jeunesse elle était sale. Tu sais comment ça se passe. Les grands bicravaient déjà. Nous on voyait ça de près, alors qu’on était petit. Il y avait les arrachés… On a été dedans. Moi, à un moment j’étais dans le four. OldPee était plus loin, il faisait ses affaires. Zed et Desté pareil.

OldPee : En même temps, on n’est pas encore vieux, on reste jeune. Il y a beaucoup de choses à raconter encore.

Zed : Laisse tomber [Rires].

Comment 13 Block est venu au monde ?

Zed : Ça s’est fait naturellement.

Zefor : En fait on vient tous de la cité « Les Chalands ». Il y a un grand bâtiment, central on pourrait dire. La plupart se posait là-bas. Il y avait un peu de trafic. Et il s’appelle le 13, tu vois. Desté et OldPee fréquentaient un immeuble, au sein-même de la cité, du même bloc, toujours.

OldPee : Plutôt deux même.

Zefor : Ouais deux. Le premier portait le numéro 1. Et le deuxième le 3. Et en fait on a réuni les blocs, tu vois. D’où le « 13 Block ».

OldPee : Du coup, le nom s’est fait comme ça. Sinon on a toujours rappé ensemble. On allait au studio déjà, là c’était le moment d’officialiser en fait. Voilà, on crée un groupe, 13 Block. Tout s’est fait naturellement, au studio.

Zed : Ça s’est fait lors d’un featuring avec Desté. On était nombreux à poser sur le morceau. Quand on a écouté le résultat, on s’est dit qu’il fallait qu’on reste ensemble. On était 6 au départ.

Zefor : Et c’était Block 13.

Zed : Puis, une fois à quatre, on a décidé de renverser le nom. Donc 13 Block.

OldPee : Dédicace à eux, au passage. Venin et RmSS. Les deux autres rappeurs à nos débuts.

Selon vous, pourquoi Sevran est une place forte du Rap français ? Et la scène incontournable de la Trap en France ?

Zed : Il y a beaucoup de monde, ouais. Kaaris, Kalash Criminel, Ixzo, Dabs…

Zefor : Niveau sport également.

Zed : Ouais sportivement, on est chaud aussi !

OldPee : En même temps, faut bien que Sevran brille. Très souvent, les médias ne parlent que de drogues, nous, on essaie de changer ça. Par la musique, ou le sport.

Zed : Il y a beaucoup plus de talent que de drogue.

OldPee : Que les médias arrêtent de nous descendre. Il y a des gens qui essaient de s’en sortir. Certains jeunes sont à Miami grâce au Basket.

Zed : Musicalement , on est bien. Sportivement, on est bien. « Alimentairement », on est bien. [Rires].

« 13 Block, c’est une force. Chacun ramène sa puissance, son énergie. »(Desté)

Qu’est-ce que représente 13 Block ?

Desté : C’est une force. Chacun ramène sa puissance, son énergie.

OldPee : Ce sont les gars de la Ville. Nous on pose à quatre au nom de 13 Block, mais c’est bien plus fort que ça. Tous nos potes qui sont avec nous font partie de 13 Block. Nous, nous chantons mais derrière il y a une vingtaine de personnes.

Le 13 Blo Gang ?

OldPee : Exactement. Il n’y a pas que des rappeurs. 13 Block, c’est nous quatre on va dire, mais le 13 Blo est juste derrière, avec nous.

Zefor : On est quatre mais on fait qu’un. C’est la vérité. Si un seul n’est pas là, ce n’est plus pareil. Tu sens le déséquilibre. On est tous indispensable au groupe.

Zed : Dans chaque morceau, faut qu’on soit tous présent. Sinon ce n’est pas la même énergie. 13 Block c’est très spirituel, culturel.

On sent que vous appréciez ce qui se fait du côté d’Atlanta (21 Savage, Young Thug, Gucci Mane) et de Chicago, la drill de Chief Keef notamment, suis-je dans le juste ou vos inspirations sont ailleurs ?

Zed : Oui, bien sûr, mais comme tous ceux qui font de la Trap. Si tu dis l’inverse, tu es un menteur [Rires].

Desté : Mais par exemple, Chief Keef, c’est un passage. Avant lui, on écoutait Gucci Mane, Waka Flocka.

OldPee : Et si tu veux aller plus loin que ça, il y avait la West Coast. Très gangsta. Snoop Dogg, Tupac, Dr. Dre…

Desté : C’est eux les vrais !

OldPee : West Coast connection.

Zefor : On nous compare énormément à Chief Keef et son crew, Migos, etc, à cause des locks, aussi. Mais on l’a pas fait par rapport au Rap. C’est plus profond.

Zed & Desté : Nous aussi, plus petits, on en avait [Rires].

OldPee : Là tu les vois maintenant avec leurs cranes chauves mais à l’ancienne ils avaient plus de cheveux que Zefor et moi. Sérieux. [Rires]. Et c’est familial, certains de nos parents en avaient et cette culture s’est transmis.

Zefor : Ce n’est pas à cause de Chicago ou Atlanta qu’on s’est laissé pousser les locks.

OldPee : Sans faire le gars de tess’, on est vraiment dans ce délire, tu vois. C’est-à-dire, tu as la flemme de te couper les cheveux, tu te fais une coupe avec.

Zed : Grave ! Soit boule à zéro, soit locks. Comme ça, on dit au coiffeur « fais vite fait, c’est rapide et on descend ».

Zefor : Et pour le « 13 Blo Gang » c’est parce que « 13 Block Gang » ça ne sonne pas bien, tu vois. De toute façon, à chaque nom de gang, ou team, tu rajoutes ce « gang » à la fin. En fait c’est une coïncidence (ndlr le Glo Gang de Chief Keef, Lil Durk et Reese).

OldPee : Et en même temps, ça fait parler, donc c’est toujours positif. Comme on revendique le « Blo blo, pas de bla bla ». Ça veut dire qu’on parle peu mais qu’on agit. On veut diffuser cet état d’esprit.

« Le Hip-Hop vient de là-bas, c’est un fait. Maintenant l’important c’est de s’inspirer sans copier. » (OldPee)

Lorsque des médias vous appellent les « Migos du 93 », comment le prenez-vous ?

Zefor : Sûrement parce qu’on est un groupe aussi et que l’on a des locks. Nos tenues aussi, avec les chaines, les lunettes, etc.

OldPee : C’est un compliment. Si l’on regarde où ils sont aujourd’hui. Ça ne peut-être qu’un compliment. Ils ont commencé en bas de l’échelle et maintenant ils sont au sommet.

Zed : Ils ont énormément souffert. Comme nous, tu vois.

Zefor : Avant d’être connus, ils ont trimé. Pareil pour nous.

Zed : Ce n’est pas comme si on nous comparait au 2Be3. La comparaison reste cohérente.

Zefor : Espérons qu’on est le même parcours. Mais en fait les gens comparent avec les américains, parce qu’ils sous-estiment les français. Ils sont obligés de faire des parallèles.

OldPee : Le Hip-Hop vient de là-bas, c’est un fait. Maintenant l’important c’est de s’inspirer sans copier.

Zed : Dans notre délire, on n’essaie pas vraiment pas d’imiter. Tout ce qu’on fait est naturel.

OldPee : Pourtant, beaucoup nous comparent aux cainris’. Oui on en écoute, mais on écoute beaucoup de français aussi. Du Despo Rutti, du Alpha 5.20, du Booba, du Salif, du Rohff. Aujourd’hui encore, il y en a qui sont bons.

Que pensez-vous du Rap français actuel ?

Zed : Il a énormément changé mais y a toujours de très bons rappeurs. Maintenant il y a plus de rythmes afros, ou orientales. Ça fait du bien.

OldPee : Heureusement qu’il a changé d’ailleurs. Parce qu’à un moment il était pété. Si tu retournes deux-trois années en arrière, il y avait peu de choses. Là, il y a un vent de fraicheur. Il y a un nouveau mouvement. Et entre jeunes on est obligé de se kiffer. Mais c’est à toi de ramener ton délire, ton propre truc.

Quelle est la préparation type d’un morceau de 13 Block ?

OldPee : Faut vraiment que tu viennes au studio pour le voir.

Zefor : Sérieusement, tu vas vraiment venir un jour.

OldPee : On met une instru’. Desté va vouloir poser dessus. Zed aussi. Nous deux, on ne voudra pas. Et parfois c’est l’inverse. On ne s’entend pas au début. On laisse tourner les prods’. Et d’un coup, une seule nous met tous d’accord. On la kiffe tous les quatre. On écrit nos textes sur le coup. Banger direct !

Zefor : Direct ! Et ça peut nous prendre deux heures.

OldPee : On a fait un son avec Ikaz Boi hier soir, on a eu l’instru hier, le son on l’a fait en trois heures.

Zed : Et le morceau est propre, on a fait ça bien. Pas trois heures de brouillon, trois heures de SVT. Directement.

Desté : Vraie science [Rires].

OldPee : En fait tous nos brouillons donnent un beau dessin, au final. Voilà comment on fonctionne. Et c’est naturel.

« Si tu regardes bien, aucun artiste de Sevran ne fait du R’n’b. » (OldPee)

Pourquoi avoir appelé votre deuxième projet « Violence Urbaine Émeute » ?

Presque à l’unisson : Neuf-Trois !

Zed : C’est ce qui nous caractérise. 93 : Violence Urbaine Émeute. 92 : Drogues durs. 94 : Département en cage. On a voulu représenter notre département. On défend tout ce qui est urbain.

VIOLENCE URBAINE ÉMEUTE

Leur premier véritable forfait nous plonge à l’épicentre d’un périple sevranais. Rythmé par les instrumentales fiévreuses, pesantes, du londonien Binks Beatz. Cadencé par les flows survoltés, déchaînés, des quatre performeurs ; écoulés avec rigueur. Précision. Justesse. Paradoxalement, leurs ébauches sont rudes, âpres mais fidélisent. Harmonisées grâce à un sens de la mélodie précieux. Omniprésent. Les membres de 13 Block arrivent à transposer leur expérience, impitoyable et insensible, dans leurs créations. Élément central. Qui structure un ensemble honnête, sans filtre. Qui leur permet d’échapper aux vices journaliers. Ainsi, pour les fuir de façon immuable et prétendre à une vie stable, le 13 Blo « essaie de briller tous les jours ».

« Violence Urbaine Émeute, c’est le 93 en personne » annoncent-ils. La solidarité brandie sans relâche. Valeur fondamentale chez 13 Block. Comme ils aiment répéter « J’marche qu’avec le 13 blo ». On est immergé dans leur quotidien, mais surtout dans un département en colère. Une colère qui gangrène ses cages d’escaliers et ses rues goudronnées. Son hospitalité et sa charité. Une colère causée par le désintérêt de l’État pour le 93, et globalement, pour ses banlieues. Une histoire d’amour qui n’a jamais commencé. Qui s’est même transformé en haine étatique pour les habitants. Sevran n’a pas échappé au phénomène, touché durement par le chômage, laissé à la dérive. Une réalité amère retranscrite dans la musique de ses artistes. Kaaris, Kalash Criminel, ou Ixzo défendent la place incontournable de la Trap hexagonale. Pourtant, 13 Block se démarque avec une oeuvre pure et dure. Toujours fidèle à ce produit, qui a vu le jour à Atlanta, introduit par T.I et Gucci Mane. Une allégeance absolue qui fait des enfants des Chalands, ses meilleurs représentants français. Et désormais. Vous le savez.

Parallèlement aux Etats-Unis, en France dans les banlieues marginalisées et les villes délaissées par l’Etat, le Rap qui s’y développe est plutôt agressif, vous pensez que la réalité de la vie se retranscrit, automatiquement, à travers la musique ?

Zed : C’est exactement ça.

OldPee : Si tu regardes bien, aucun artiste de Sevran ne fait du R’n’b [Rires].

Zefor : On aurait grandi dans un endroit plus paisible, on aurait peut-être chanté des choses plus pacifiques.

Zed : Mais franchement Sevran-Atlanta, il y a beaucoup de similitudes. Tous les artistes qu’il y a. Toute la drogue aussi. Tout le talent aussi.

OldPee : C’est de l’art finalement. Une branche à part. C’est culturel tout ça.

Bien que vous fassiez de la drill, de la trap, la mélodie est omniprésente dans votre musique. Est-ce voulu ou est-ce un aspect naturel ?

Zefor : On essaie simplement d’amener quelque chose de nouveau. Nous, on est de vrais trappeurs. Des puristes de la Trap. Un peu comme PNL. Ils ont ramené leur délire à eux. Nous c’est l’Ultrap. Les prods un peu spéciales, avec des mélodies etc, on en a pas trop. Seulement Vrais Négros ou Olaskurt.

Zed : C’est venu naturellement, ce côté mélodique.

OldPee : C’est notre évolution aussi. On ne va pas faire que du boum boum boum direct ! Et c’est notre image. Dès qu’on maitrise un aspect, il faut essayer de l’améliorer, pour les gens kiffent encore plus. Tu ne peux pas faire la même chose pendant des années, les gens vont penser que tu ne veux pas grandir artistiquement.

La trap semble incontournable à votre musique, pourriez-vous dans un futur proche la délaisser ?

Zed : On en fera toujours. Elle fait partie de notre vie. Si on fait 15 sons hors-Trap. Il y en a 45 Trap derrière. Et ce serait pour ça qu’on ferait les 15 premiers, tu vois.

OldPee : Et la Trap, ce n’est pas que la musique. C’est aussi ce que tu dis dans le son. On peut faire un morceau mélodieux mais les paroles seront sales.

Zefor : Aujourd’hui il n’y a pas beaucoup de trappeurs. Nous on en est. Sans se vanter.

OldPee : Directement, on se revendique les Rois de la Trap. Sinon qui c’est ?

Vous avez tourné deux clips à Londres, Kurama et Wario, comment se sont passés les tournages ?

OldPee : Super. Notre producteur habite là-bas.

Zefor : Ouais, il jongle entre la France et Londres. Il nous a fait visiter un peu, c’était cool. Et à la base on n’était même pas parti en Angleterre pour tourner Wario. On y était pour respirer un peu, voir autre chose.

Qu’est-ce qui vous attire dans la culture londonienne ?

Zed : La mode, direct.

Desté : Les habits.

OldPee : Sinon là-bas, c’est bof. Il pleut tous les jours [Rires]. Y a que les fringues.

Zefor : Mais on est toujours avec un caméraman, donc dès qu’on trouve un endroit et qu’on est chaud pour clipper, on le fait. Sans se poser de questions. Au naturel.

Concernant la scène Rap anglaise, quels artistes retenez-vous ?

OldPee : Franchement, on n’écoutait pas du tout, mais grâce à notre producteur on a découvert des trucs. Et ce qui fonctionne là-bas, ce n’est pas seulement du Rap, ou de la Grime. Ils écoutent pas mal de musique nigériane. Et c’est très chaud. Ça pète de ouf !

À quoi s’attendre pour le prochain projet ?

Zed : Différent de tous les autres.

OldPee : Mature. Toujours aussi Trap mais dans une autre vague, un autre délire.

Zefor : On a passé un autre cap, même si on est toujours les mêmes.

Zed : Ultrap était différent de Violence Urbaine Émeute. Ce sera pareil pour le prochain.

Zefor : Et ce sera à chaque fois comme ça. Faudra juste nous suivre. Mais faut toujours innover, s’améliorer.

« Dans notre évolution, l’inspiration reste la même. »(Zed)

Comment évoluer sans perdre son identité ?

Desté : On agit par cycle. Pendant des semaines on va qu’au studio et on réalise une soixantaine de sons.

Zed : Et le délire ne change pas. On est avec les mêmes personnes depuis le début. V.U.E, Ultrap, c’est les mêmes. Et là, on est encore avec les mêmes. Dans notre évolution, l’inspiration reste la même.

OldPee : Lorsqu’on est au studio, sur une période on va faire 30 sons et ensuite on en balance quelques-uns. Mais ça veut dire que l’on est déjà avancé dans le délire sur lequel on bosse. Pendant deux, trois mois, on ne va pas au studio. La vague va changer, on va écouter de nouvelles choses. Puis, on retourne au studio pendant deux mois et on va à nouveau faire 30 sons, différents des précédents, bien sûr.

Desté : C’est pour ça qu’on évolue. On ne fait pas que du studio non-stop.

OldPee : On a des périodes où on va au studio tout le temps et d’autres où se déconnecte et on fait notre vie de Ville.

Desté : On n’est pas toute l’année rappeur. C’est cyclique, comme j’ai dit.

OldPee : Si t’es tout le temps en studio, continuellement, c’est là que tu fais tout le temps la même chose.

Comment voyez-vous votre futur ?

Zefor : On visera toujours plus haut. Mais en réalité c’est Dieu qui sait.

Desté : Beaucoup de réussite, de gent-ar’, de succès, et tout ce qui va avec.

OldPee : Ça avant tout, frérot. Tant que tout se passe bien entre nous et que notre délire pète, c’est le plus important. C’est l’essentiel. Si la famille va bien, tout va bien. Et si la musique ne nous permet pas d’être à l’aise, on fera autre chose. On produira, on investira. La musique c’est une passion mais tu vas pas en faire jusqu’à 50 ans.

Desté : C’est le noyau, en fait.

Zefor : Si ça marche, c’est cool, sinon, pas grave. Fuck hein ! Le rappeur c’est un loisir, on peut pas mettre toute notre vie dedans. On perce c’est bien, sinon on passe autre chose, on aura essayé. Mais à la base, on le fait pour le plaisir. Vraiment. Aujourd’hui on a plus de visibilité donc on en profite, mais ça reste un plaisir, du bonus.

Zed : On s’éclate, on s’amuse. On vit nos vies de Ville comme des jeunes.

L’ULTRAP COMME MANTRA

La Seine-Saint-Denis bouillonne. De l’intérieur. Proche de l’implosion. Symbolise l’état actuel des villes en périphérie des métropoles. Elle-même illustrée par l’approche artistique du quatuor. Qui tente de canaliser la tension croissante, régnant sous les porches et dans les apparts’ sombres, à travers leurs morceaux. Une électricité que l’on retrouve dans Ultrap. Suite de Violence Urbaine Émeute. Suite survoltée et tout aussi revendicative. D’un réalisme bluffant. L’algorithme est sensiblement le même. Zed, Desté, Zefor et OldPee font honneur à leur réputation et asseyent leur statut de princes de la Trap française.

La mixtape, par sa description factuelle, presque fataliste, semble relater une soirée type à Sevran. En plein hiver, le gris ambiant laisse place à l’obscurité de la nuit. Les lampadaires poussiéreux, éclairent peu, on repère les citadins par la vapeur blanche due à leur souffle. Chacun vaque à ses occupations, illicites ou non, opprimé par un froid glacial. À l’entrée d’un immeuble – plongé dans la pénombre, semblable aux centaines qui composent les cités – seuls les jeunes qui l’occupent héritent d’un minimum de luminosité. Essayant tant bien que mal de faire fructifier le petit commerce sur lequel ils ont mis la main, afin de s’en sortir, comme ils peuvent. Soudain, une voiture noire, furtive, s’introduit et traverse le quartier inhospitalier. Puis, arrivant à hauteur du groupe, ralentit, presque à l’arrêt… Les individus, adossés à la rampe de l’escalier, se redressent, sachant très bien à qui ils ont affaire. Alertes. La BAC. De part et d’autre, les regards sont fermes, les visages crispés. L’atmosphère s’est brusquement tendue. Alourdie. Les nerfs sont à rude épreuve. C’est de ce genre de confrontations, explosives mais si fréquentes, que traite la musique de 13 Block. Devenue porte-parole d’une population privée de voix. Longue vie 13 Blo Gang. « Fuck le 17 ». Comme dirait OldPee.

Crédits photographies : CamilleGSD

Posté le 12/08/17 / 8955 vues / Par Osain Vichi