Où en est Playboi Carti ? [FOCUS]

Où en est Playboi Carti ? [FOCUS]

« Playboi Carti est un funambule. Imprévisible. Déroutant (…) Peut-être est-ce la raison pour laquelle Carti est brut, informel, ne suit pas bêtement les tendances. Chez le rappeur de 20 ans, tout est réalisé à l’instinct. », l’été dernier nous évoquions le phénomène Jordan Carter (à l’état civil) en ces termes plutôt élogieux. Dès la moitié de l’année, indéniable il était de constater que 2017 a souri de toutes ses dents au rappeur d’Atlanta : un hymne générationnel, des collaborations de renom (A$AP Mob, 21 Savage, NAV…) et ce nouveau statut d’ambassadeur d’un rap digital. Éthéré et synthétique. Si son premier projet In Abudance était encore organique, composé de productions pesantes, saccadées et de mélodies imparfaites, hachées, la mixtape Playboi Carti dévoile un son complètement épuré. Les basses sont étouffées, les rythmiques embuées, pratiquement aquatiques, et la voix de Carti intègre naturellement cet univers brut mais harmonieux. Le phrasé est espacé, le débit ralenti et les couplets sans filtre épousent les quelques variations noyées dans un ensemble brumeux, où même la saturation de Pierre Bourne sonne avec légèreté, comme si elle était en apesanteur.

À l’Élysée Montmartre, le concert de toute une génération ?

Après une année 2017 prolifique et fructueuse, où il a enchaîné les singles et les collaborations à un rythme effréné, Young Carti a débuté 2018 avec “The Euro Tour”. Les shows se suivent et Playboi passe par la capitale française le 3 mars dernier. La date est vite cochée par une bonne partie des partisans de la nouvelle génération du hip hop outre-Atlantique : le concert, complet en quelques jours, s’annonce comme un rendez-vous immanquable.

Dès 19 heures, nombreux sont ceux qui s’agglutinent devant l’Élysée Montmartre, sneakers plus colorées les unes que les autres et logos Supreme côtoient les sweat-requins Bape : des symboles qui illustrent ce que représente l’artiste aujourd’hui. Un rap indissociable de son image, de plus en plus proche du luxe (Louis Vuitton, Dior, Raf Simons, Rick Owens, Alexander Wang, McQueen…) qui perpétue l’esthétique exacerbée des figures comme Cam’ron, P.Diddy, Lil Wayne, SouljaBoy, ou plus récemment Lil B et Young Thug. Désinvolte et impertinent, l’attitude de Playboi Carti est également l’héritage de ces mouvances. Un aplomb aux allures de suffisance que l’on retrouve sur scène : à l’instar de ses homologues Lil Uzi Vert ou Rich The Kid, pour ne citer qu’eux, Carti anime plus ses morceaux qu’il ne les interprète. 

Tandis que la première partie est assurée par les polyvalents Places+Faces, qui chauffent la salle avec les dernières nouveautés US, le rappeur se fait désirer avant d’apparaître devant une foule déjà conquise, l’élevé Location comme guise d’introduction. Il est 21h30 passées. Piochant dans sa mixtape éponyme et quelques morceaux antérieurs, Playboi reprend l’électrique Wokeuplikethis, le sautillant Lookin, l’abyssal Half & Half, mais aussi les cadencés Other S**t et Yah Mean, et les relâchés Kelly K et Had 2. Pendant 45 minutes, lors desquelles Carti, seul sur scène, s’éprend de va-et-vient et de sauts incessants, les points d’orgue sont inévitablement le fameux Magnolia, le fracassant New Choppa et le délirant What. Pour conclure un show bref mais fougueux, Playboi Carti quitte le public d’un simple “Bye bye Paris”, avec le sentiment du devoir accompli. L’artiste est à l’image d’une société brusquée par la révolution numérique, dans laquelle les relations et les informations sont toujours plus expéditives, rythmées par les time-line des réseaux sociaux et inondées d’emoji; son concert en était une belle illustration.

Un album surprise massif

Plus discret suite à cette tournée européenne, Playboi Carti n’attendait que le bon moment pour surgir de l’ombre et retrouver le feu des projecteurs. Fidèle à lui-même, le rappeur a annoncé ce jeudi sur Twitter que son premier album sortait le lendemain : sobrement intitulé Die Lit, le projet est une odyssée de 19 escales, dont des collaborations de luxe avec Skepta, Nicki Minaj, Young Thug, Bryson Tiller, ou encore Chief Keef et Travis Scott. Sans changer la formule et toujours épaulé par son frère d’une autre mère, Pi’erre Bourne (qui produit 14 morceaux et apparaît sur 2), Carti hausse ostensiblement le niveau et étoffe, épaissit une musique embrumée. Guidé par les productions hors-normes de l’orfèvre Pi’erre, comme les navigateurs l’étaient grâce aux étoiles, Jordan Carter intensifie son phrasé et durcit son propos. Plus direct et plus précis, il ne laisse pas le talent des invités le surpasser – ce qu’on lui a souvent reproché -, et signe les meilleurs tracks avec deux compagnons de route : Youg Nudy et Lil Uzi Vert. Alors que Shoota ne cesse de monter en puissance, R.I.P Fredo [Notice Me] est une savoureuse menace de mort.

Doté de créations synthétiques et spatiales, faites de simples mélopées et de boucles entêtantes, Die Lit offre une trap atmosphérique aboutie, qui oscille entre l’ambient music et des rythmiques plus syncopées. Un tour de force inattendu que Playboi Carti s’empressera de présenter en live, avec cette désinvolture naturelle qui le caractérise.

Reporters LeBalooShow : Osain Vichi / Sachaaiash

Par : Osain Vichi / 13/05/18 / 2034 vues